Cet article s’inscrit dans la série d’articles consacrés cette semaine à l’Asie et à ses rituels de beauté, thème passionnant que nous souhaitons partager avec nos lecteurs.
L’Asie a une culture très riche en ce qui concerne les rituels de beauté, et ce depuis une époque ancienne. En début de semaine sur notre blog, nous avions évoqué le culte de la pâleur, voire de la blancheur, pratiqué par bon nombre de femmes en Chine, en Corée du Sud et au Japon (Voir article : Thé vert, gingembre et farine de riz pour un teint éclatant).
Ces femmes n’ont d’autre exigence que la perfection en ce qui concerne leur peau, jusqu’à en frôler le surnaturel… Nous avons tenté de mieux comprendre ce phénomène, et de savoir comment il se manifestait concrètement aujourd’hui en Asie…
Dans un article intitulé Les Japonaises fuient le soleil, et attirent l’industrie cosmétique, écrit par Philippe Mesmer pour Le Monde, on nous apprend que pour les femmes en Chine, en Corée du Sud et au Japon » l’ important est d’avoir une peau claire, lumineuse et sans tache. À ce jeu de cache-cache avec l’astre du jour, les Japonaises passent pour des expertes. [...] Elles consomment une grande quantité de produits cosmétiques bihaku, qui «blanchissent». [...] L’ importance d’une peau blanche reste ancrée dans le quotidien des Japonaises depuis des siècles. A l’ère Heian (794-1185), inspirées par la déesse légendaire Amaterasu dont le blanc du visage faisait la beauté, les femmes de la cour cultivent l’art de conserver la peau blanche, signe distinctif du commun et synonyme de pureté, d’hygiène, d’innocence et de coquetterie.
Selon Philippe Mesmer, « cette mode se répand au sein de la population pendant la période d’Edo (1603-1867) sous l’influence des acteurs du théâtre kabuki, véritables stars de l’époque, qui se maquillaient avec la poudre oshiroi (« le blanc »), faite à base de riz gluant, de millet et d’orge. »
Mais au Japon, la beauté suprême est également symbolisée par la Geisha, dont la blancheur ne souffre aucun rayon du soleil.
L’ouvrage Le corps japonais de Dominique Buisson expose le raffinement du maquillage de la Geisha et la place du soin apporté au corps dans la culture japonaise :
« Depuis la plus haute Antiquité, le recours au maquillage, au tatouage ou au masque reste un moyen pour l’homme de prouver l’immatérialité de son âme en se différenciant de la nature. Au Japon, cette sorte de « greffe de l’art sur le corps humain » est poussée à son plus haut degré de sophistication. »
Une vidéo sur YouTube montre à quel point les applications des différents produits sur le visage d’une Geisha sont nombreuses : Maiko or geisha putting on face make-up in Kyoto
Quand le maquillage ne suffit pas
Les canons de la beauté asiatique préconisent avant tout un teint d’une blancheur immaculée. Parmi les méthodes pour devenir et rester pâle, c’est l’ingestion de poudre de perle qui a longtemps fourni la solution, du moins pour les riches. Aujourd’hui, en Chine et en Asie du Sud-Est, l’indispensable accessoire est un parapluie renforcé par une doublure opaque pour servir aussi d’ombrelle : avant de monter sur leur scooter, les Vietnamiennes se couvrent le visage et le cou d’un foulard posé sur le nez puis noué derrière la tête, et enfilent de longs gants. Les Chinoises, elles, fixent une ombrelle à leur guidon et mettent un boléro à manches longues qui recouvrent la main jusqu’aux doigts.

Avec une peau interdite de soleil, l’Asie est donc devenu le premier marché du monde pour les produits qui protègent la peau des méfaits des rayons UV, sans parler des crèmes blanchissantes dont les femmes raffolent. Dans un article intitulé L’Oréal soigne les beautés asiatiques, paru en octobre 2006 dans Les Echos, Alain Perez rapporte les propos des responsables de la recherche du groupe l’Oréal au Japon et en Chine, selon lesquels « Chez les femmes asiatiques, les rides apparaissent dix ans plus tard qu’en Occident, mais les tâches de vieillesse viennent plus tôt ». Une japonaise utiliserait donc « entre 16 et 18 crèmes et lotions par jour, contre 5 ou 6 en Occident. Seules les coréennes font mieux avec une vingtaine de produits d’usage quotidien« .
Le Japon ayant occupé la Corée pendant de nombreuses années (1905-1945), on peut donc supposer que cette période a induit une certaine mixité des deux cultures et donc une similitude – récente – des usages relatifs aux soins du corps.
En Corée, les femmes suivent des rituels de soins très raffinés depuis le Moyen-âge, et se transmettent de génération en génération des recettes de masques, d’onguents mais aussi de tisanes et de potions de jouvence car ces assoiffées de pureté savent que la véritable beauté vient d’abord de l’intérieur. L’exigence de la beauté pour les femmes coréennes n’est ni plus ni moins la perfection : une peau zéro défaut, claire, unie, sans boutons, sans taches, sans rides. L’éclat de la peau est une politesse, une obligation sociale… L’intérêt de la blancheur est de représenter l’idéal d’une personne bien née et lui confère une certaine notabilité.
Dans un article intitulé La Corée, nouvel eldorado du make-up, paru en novembre 2007 sur votrebeaute.fr, le chasseur de tendances Vincent Grégoire affirme qu’en termes de maquillage, la Corée est « le pays le plus innovant, le plus surprenant du moment« .
Selon lui, « comme tous les pays de contrastes, qui ont subi des de chocs culturels, la Corée a du mal à se forger une identité qui lui est propre. » Les Coréennes se « cherchent » énormément et travaillent sur leur image de soi, notamment par l’intermédiaire des soins du corps, qui fascinent la nouvelle génération de femmes coréennes. Les innovations viennent principalement du côté des textures, travaillées comme « plusieurs peaux qui se superposent ». Quand les Françaises les plus consciencieuses se mettent trois crèmes visage chaque jour (en gros, sérum, antiâge, crème de jour), le minimum admis chez les Coréennes monte à 5, voire 6 couches.
« Leur objectif premier, bien plus important que le look ou le maquillage, c’est une peau zéro défaut« . Et prendre soin de sa peau, en Corée, relève du rituel : « Ici, la culture du soin est très ancienne, ça relève de la tradition« . Surprenant : loin de rejeter en bloc les pratiques de leurs grands-mères, les jeunes Coréennes, au contraire, suivent scrupuleusement ces étapes. Naviguant constamment entre modernité et tradition, elle invente une nouvelle manière d’être belle qui n’appartient qu’à elle, très subtile, « à la fois jolie madame, années 50, mais pas avec ce côté poupée expérimentale qu’ont les Japonaises […], de plus en plus déjantées du look« , selon Vincent Grégoire.
Ce n’est en effet pas le naturel qui prime chez les Japonaises branchées : l’une des dernières tendances maquillage est de se mettre du vernis à ongles sur les dents : « une espèce de gel pailleté conçu pour se fixer sur les dents, qui fait un sourire assez dément« , reconnaît Vincent Grégoire…
Lire l’article complet
La blanchitude, valeur sûre de la beauté asiatique, par Sylvie Kauffmann (nov 2007)
Les Japonaises fuient le soleil, et attirent l’industrie cosmétique, par Philippe Mesmer (juil 2008)

1 août 2009









